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Auberge cavalière, 3e génération


Claire et Sarah Bonnemazou mettent le public en selle : vers le Poey ou le Bergout. Or l'une est infirmière, l'autre professeure des écoles. Pourquoi deux métiers ?

À cheval sur les valeurs

À la belle saison, deux sœurs mènent le public vers Soudious ou le Soum de Pirait. Une heure de balade ou deux jours de randonnée, en selle et rênes à la main. Claire et Sarah tissent un lien entre l’équidé et l’humain.

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Claire Bonnemazou brosse Espion avant de partir en balade. Auberge cavalière à l’Estanguet, Vallée d’Aspe.Son cheval préféré s’appelle Flocon, il a failli mourir étant bébé. Et c’est Claire qui l’a sauvé. Le poulain refuse de téter ? La jeune fille badigeonne le pis de sa mère avec du miel. Et ça marche : à dix ans Flocon galope, il garde intact son caractère. C’est-à-dire têtu, courageux, joueur. « On se complète bien » ajoute Claire Bonnemazou qui a une certitude : quand Flocon ne sera plus apte à porter des clients, il prend sa retraite à l’Auberge cavalière, parmi les siens.

Car d’avril à octobre, deux sœurs mènent les touristes de 4 à 82 ans pour des circuits d’une heure à deux journées. Venir en pantalon et chaussures fermées. Échanger quelques mots pour former le bon tandem. Préparer le cheval puis le seller. Depuis 2019, Claire et Sarah Bonnemazou partagent leur amour du cheval avec les vacanciers. Mais aussi avec des publics handicapés, des jeunes filles anorexiques, des enfants en rupture familiale. Qu’ils soient huit ou quinze, ils font le tour du vallon. Les plus confirmés grimpent au site de parapente du Bergout, retour par le Poey. Soudain Sarah se retourne.

À cheval en claquettes

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Sarah Bonnemazou pose le harnais à Inconnu avant de partir en randonnée. Auberge cavalière à l’Estanguet.« Savez-vous que la colline renferme du magma ? Le Poey est un ancien volcan ». Ce qui motive Sarah Bonnemazou, c’est de faire connaître la Vallée d’Aspe aux clients. Au fil de la balade elle nomme une montagne, puis elle invite à faire la différence entre une buse et un milan. Avec les plus jeunes elle cultive le sens du jeu : « cueillez une feuille de chêne ». Et quand le groupe longe un troupeau de brebis, la guide nomme la ferme : Lac-Ariet ou Ossiniri.

Mais un jour Sarah Bonnemazou tombe sur un loup. Ou plutôt sur cinq Néerlandais qui arrivent en tongs, excitent les chevaux dans la descente, lâchent les rênes au risque que leur monture ne trébuche. Sa sœur Claire doit faire avec des touristes de Dubaï qui retirent leurs casques puis se filment : ils postent leurs exploits en direct sur les réseaux sociaux. Pour la première fois de leur vie, l’une et l’autre avertissent : la balade, on risque de la finir à pied. On ne badine pas avec la sécurité.

Ferme d’élevage

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Sarah et Claire Bonnemazou dans le pré qui jouxte l’auberge cavalière à l’Estanguet.« Préparer puis seller un cheval, c’est une manière de créer du lien avec lui, explique Sarah Bonnemazou tout en gardant un œil sur Alma, sa fille de deux ans qui fait la sieste dans sa poussette. Ces trente minutes sont précieuses, alors que des clients s’attardent à la terrasse du Permayou : ils guettent le moment où le cheval leur est offert sur un plateau. »

Cela dit, les deux sœurs sont ravies que l’Auberge cavalière ait son aire d’accueil près de l’hôtel-restaurant, du camping, du supermarché. Et même si l’office de tourisme fait le relais, et que les Internautes parcourent le site, le pré et ses chevaux suscitent la curiosité. Parmi les clients, certains décident un jour d’acquérir un cheval.

Car l’Auberge cavalière est aussi un lieu de reproduction et de vente d’équidés. À l’Estanguet, trois étalons et quinze juments donnent naissance à une dizaine de poulains par an. Les mâles qui porteront des humains sont castrés. Appelés hongres, ils ont un caractère placide qui sécurise toute cavalière et tout cavalier. Les femelles sont vendues, ou alors elles servent à la reproduction. Ainsi l’entreprise vend une dizaine de chevaux par an, ce qui lui permet de rester viable toute l’année.

À ce moment le téléphone sonne : quelque part dans le Gers, Claire a des patients.

Deux métiers pour tenir

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Un groupe de vacanciers part en balade avec Claire et Sarah Bonnemazou en Vallée d’Aspe.« Pour éviter un jour l’usure du métier, j’ai besoin des chevaux ». Tel est le cri du cœur chez deux sœurs dont l’une (Claire) est infirmière, l’autre (Sarah) professeure des écoles. La première travaille à temps partiel dans une structure pour handicapés. La seconde fait cours en béarnais dans quatre écoles élémentaires. Pour l’une comme pour l’autre, une activité stimule l’autre et vice-versa. « On peut soigner les gens avec les chevaux », plaide l’une. « Un enfant a la même curiosité, la même soif d’apprendre qu’un cheval », complète l’autre. Laquelle note que tout élève, tout poulain teste les adultes pour en mesurer les limites.

« Enseigner est une activité mentale, faire du cheval me ramène les pieds sur terre », ajoute Sarah Bonnemazou en faisant signe à sa sœur : il fait beau, partons nous balader. Alors deux sourires éclairent leur visage tandis que l’une et l’autre brossent puis sellent leur monture. Mais au moment de mettre le pied sur l’étrier, Claire se retourne :

« Il faut que je vous parle de maman ».

L'autre favori

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Claire Bonnemazou nourrit Espion : prendre des forces avant une randonnée. Auberge cavalière.Car Marie Bonnemazou, ancienne styliste et couturière à l’Estanguet, a un secret. Viande, jambon et fromage béarnais. Salade composée faite maison. Gâteau au chocolat, à la poire, ou les deux. Les pique-niques de l’Auberge cavalière, quand un groupe part pour la journée, c’est de la gastronomie. « Une vraie plus-value à nos prestations », confirme Claire, laquelle sait que bientôt elle va mettre la main à la pâte pour prendre la relève.

Au fait, quel est le cheval préféré de Sarah Bonnemazou ? Il s’appelle Flinget (on dit Flinneguette en béarnais). Il a dix ans, il est grand et mince. Mais surtout, c’est un hypersensible qui a peu confiance en lui. C’est pourquoi il ne se place jamais seul à l’avant, quand un groupe part en randonnée. « On se complète bien » ajoute-t-elle en lançant un clin d’œil à sa sœur.

Trêve de complicité : prêtes à partir pour deux heures de randonnée ?

L’Auberge cavalière en coulisse :

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Claire et Sarah Bonnemazou à l’Estanguet, commune d’Accous, Vallée d’Aspe, Pyrénées Atlantiques. L’Auberge cavalière doit son nom au fait que jusqu’en 2021 il y avait sur place restaurant, chambres d’hôte et activités équestres. Aujourd’hui le restaurant a fermé, les chambres d’hôte sont devenues un gîte.

Qui a fondé l’Auberge cavalière ? Michel Bonnemazou en 1969. Claire et Sarah sont la troisième génération Bonnemazou à poursuivre l’aventure de l’Auberge cavalière à L’Estanguet, commune d’Accous.

Eric Bonnemazou, père de Claire et Sarah, est responsable des circuits de longue durée, jusqu’à une semaine et jusqu’en Espagne. Il supervise l’élevage et la logistique.

Damien Vimeney, le compagnon de Sarah, s’occupe du transport d’animaux et de fourrage.

Sarah Bonnemazou aux écuries de l’Auberge cavalière. Sarah Bonnemazou est l’aînée des deux sœurs. Elle donne cours en béarnais dans quatre écoles élémentaires à Castétis, Lanne-en-Barétous, Lourdios-Ichère et Issor. Le béarnais est une langue régionale qui fait partie du groupe des langues occitanes gasconnes. Sarah Bonnemazou a appris le béarnais comme on apprend une langue étrangère. Car il faut remonter de deux générations pour l'entendre parler à la maison. Elle a passé le bac avec le béarnais comme deuxième langue (LV2).

Claire Bonnemazou est la cadette des deux sœurs. Elle est infirmière et travaille dans une structure qui accueille des adultes handicapés. Elle partage son temps entre sa vie professionnelle dans le Gers et sa vie cavalière à l’Estanguet. De son métier d’infirmière elle apporte son goût à former le bon tandem animal/humain pour que chaque balade fasse du bien.

Outre les vacanciers et les Aspois, Sarah et Claire Bonnemazou accueillent des publics spécifiques en lien avec des structures spécialisées. Ainsi elles travaillent avec l’hôpital de Pau pour des jeunes filles anorexiques, mais aussi avec des Maisons d’enfant à caractère social (MECS) qui accueillent des mineurs en difficulté.

Découvrir les balades à cheval de l'Auberge cavalière sur le site web de l'établissement.

Claire et Sarah Bonnemazou, l’Estanguet, avril 2026.

Cinq sens éveillés
dans les Pyrénées ?

* Page mise en ligne le 25 avril 2026. Texte, photographies : Erik Brissot, Centre de bien-être Le Corps S'éveille. Tous droits réservés.

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