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Canfranc : les Aspois ont la parole


Que faire de la friche ferroviaire Bedous - Canfranc ? Tandis que Région et SNCF planchent sur le train, tendons le micro à 20 chefs d'entreprise en Vallée d'Aspe.

Une friche en débat

Accous, Cette-Eygun, Etsaut, Borce, Urdos : en Vallée d’Aspe, cinq villages pourraient revoir passer le train en 2033. Dans une Vallée des Pyrénées qu’en pensent les forces vives, dont une grande partie dépend du tourisme pour travailler ?

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La friche ferroviaire à Bedous.En 2033 on y verra des cyclistes, mais aussi des randonneurs. En 2033 on y verra des troupeaux de vaches et de brebis en transhumance. En 2033 on y verra des groupes à cheval : un centre équestre cherche un itinéraire sécurisé.

Qui parle ainsi en Vallée d’Aspe ? Samuel Blanco. Avec sa compagne Solène Touron, il codirige l’Auberge de l’Ours à Borce. Et quand on lui dit "voie ferrée", il répond "voie verte". Pour l’heure la friche de 25 km, sa paire de rails, ses traverses en bois, est un couloir de ronce et d’orties. Les curieux repèrent ici un tunnel, là un viaduc, ailleurs du métal coupé : au fil du temps, l’État a élargi la RN 134. Au sud d’Urdos, le gave a même mangé la plateforme : deux rails pendent dans le vide.

Mais en 2024 et un demi-siècle après la fermeture de la ligne, Région Nouvelle Aquitaine et SNCF-Réseau lancent une "concertation". Objectif : rouvrir la ligne en décembre 2032. La voie unique pourra accueillir 20 trains de fret et 8 trains de voyageurs par jour (1). Budget : entre 550 millions et 1,2 milliard d’euros, selon les sources. Avec un paradoxe : en Vallée d’Aspe, aucune entreprise n’a été "concertée". Encore moins interrogée.

Or la future ligne de train Pau Saragosse traversera cinq villages en haute Vallée d’Aspe, au sud de Bedous, le terminus actuel. Et en haute Vallée d’Aspe il y a un supermarché, deux campings, trois gîtes d’étape. Mais aussi une pâtisserie, une pizzeria ambulante, un snack, un salon de coiffure, un institut de beauté, deux épiceries, trois hôtels. Sans oublier les maisons d’hôte, les guides de montagne, les écoles de parapente. Et enfin les magasins de produits locaux. Soit 20 professionnels qui ont accepté de prendre la parole.

1 question, 20 réponses

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La friche ferroviaire à Bedous en Vallée d’Aspe.À la question "Pensez-vous que le futur train Pau Saragosse aura un effet positif sur votre activité ?", la plupart ont accepté de répondre, mais aussi d’être cités. Une minorité d’Aspois a requis l’anonymat, tout en donnant un point de vue : ils sont présents ici, après que leur prénom a été changé. Soit 20 femmes et hommes qu’une friche titille au point de prendre la ligne à contresens : parmi les 20 professionnels interrogés, certains plaident pour une voie verte.

Et si on leur rétorque que l'idée est hors sujet, alors le ton monte : 2025 en Vallée d’Aspe, le train se fait siffler.

"Si la ligne rouvre ce sera un flux de containers, tranche Bruno Guitton, directeur du camping à Urdos. Quant aux voyageurs, la SNCF ne prévoit pas d'arrêt entre Bedous et Canfranc, sauf peut-être à l'ancienne gare d'Urdos située à 1 km du village. Faute de clients, les trains seront supprimés". Autre son de cloche à Accous : "Ce qui attire les vacanciers, c’est le caractère authentique de cette vallée de montagne, son calme, sa nature préservée, renchérit Claire Lagandogne, codirectrice avec Sandrine Careil du gîte d’étape Despourrins. Un couloir à fret tuerait notre activité". Quant à Véronique qui gère des chambres d’hôte, elle pointe les retards et suppressions de trains sur la ligne TER Pau Bedous : "En 2025 ou en 2033, comment faire confiance à la SNCF s’il faut se rendre à Pau récupérer les clients en rade ?"

Couper le vallon en deux

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La friche ferroviaire à Accous, Esquit.Robert, responsable d’entreprise, salue un client puis raconte l’anecdote suivante : "L’office de tourisme achemine un groupe en haute Vallée d’Aspe. Les 30 voyageurs descendent à Bedous, puis ils prennent l’autocar pour le Portalet. En réalité, l’autocar est parti d’Oloron à vide : c’est là que se situe le dépôt. Bus et trains voyagent donc en parallèle, l’un sur la route, l’autre sur les rails. Et comme le train franchit le Portalet dans un tunnel, en 2025 comme en 2033 il faut un car pour transporter le groupe au fort, puis le déposer à midi au restaurant".

Parfois même, la future ligne de train coupera une petite route pour un motif : la sécurité. En effet, la SNCF fait le maximum pour fermer les passages à niveau. D’où une double clôture autour des rails. À Accous, un foyer de vie pour autistes et un gîte travaillent de concert : le second héberge la famille quand papa, maman, frères et sœurs rendent visite à un handicapé. En 2033, le chemin de la Berthe qui les relie sera barré : ordre de la SNCF. "Non seulement le foyer de vie devra fermer car les autistes ne supportent pas le bruit des trains jour et nuit, mais nous perdrons une clientèle pour notre gîte", déplore Claire Lagandogne, qui a travaillé comme éducatrice spécialisée.

Double autoroute

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La friche ferroviaire à L’Estanguet.Mais au-delà de l'enjeu économique, des chefs d’entreprise se lèvent en tant que citoyens : "Peu importe que le train ait un impact ou non sur mon chiffre d’affaires, balaie Xavier Poudens, responsable du restaurant Le Randonneur à Etsaut. Une route nationale et une autoroute ferroviaire, ce serait la double peine pour une Vallée dont le charme repose sur son côté encore sauvage".

Même position de la part de Sébastien et Nathalie Vignes, responsables de l’école de parapente Air Attitude à Accous : "Le critère pour nous, c’est que le train fasse baisser le trafic poids lourds en Vallée d’Aspe. Or ni la Région ni la SNCF ne nous ont convaincus sur ce point. Sans garantie sur le report modal, on préfère une voie verte".

Et voilà : chassez la voie verte par la porte, elle revient par la fenêtre.

Petite reine et pâtisserie

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La friche ferroviaire en Haut-Béarn, Pyrénées.Alors parlons-en, de l’hypothèse voie verte. En quoi une piste cyclable serait-elle plus apte que le train à tirer l'économie en Vallée d’Aspe ? La première, Mélaine Camou-Juncas lève la main : "La pâtisserie artisanale que j’ai créée à Accous se trouve à quelques mètres de la friche, constate-t-elle. Avec une voie verte, la pâtisserie Neü élargirait sa gamme de produits. Je changerais l’aménagement du préau. Les gens pourraient s’asseoir à l’ombre, prendre un verre puis s’offrir une gourmandise". Même argument à Etsaut : "La voie verte passerait en plein cœur du village, estime Josiane. Avec un tel équipement, ma maison d’hôte aurait bien plus de clients".

À Cette-Eygun Sophie Chabanne, propriétaire du Cabanon de Sophie, est plus nuancée : "Mon chiffre d’affaires repose sur le trafic de la route nationale. À titre personnel et pour ma sécurité, j'aimerais mieux prendre le train plutôt que la voiture pour aller en Espagne". Mais quand elle apprend que le train pour Saragosse sera sans arrêt d’Oloron à Canfranc, son visage se rembrunit : "Pourtant j’ai pris le train quand j’étais petite, et mon papa était cheminot".

Arrêt dans chaque village

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La friche ferroviaire à Cette-Eygun.À son tour, Bruno Guitton réveille un souvenir : "La voie verte, je l’ai proposée il y a vingt ans. Ou à la rigueur un vélo-rail. On m'a répondu : c’est compliqué. Mais il y a plein de voies vertes réalisées ailleurs ! Avec le succès à la clé". Xavier Larrensou, directeur d’Intermarché à Accous, puise aussi dans le passé : "J’étais pour le train quand il s’agissait de rouvrir notre ligne de montagne. Mais puisque ce sera une autoroute ferroviaire et qu’il n’y aura pas d’arrêt à Accous pour les passagers, je suis à fond pour une voie verte. Elle au moins, elle desservira tous les villages".

Une desserte fine du territoire : l’argument revient comme un leitmotiv dans la bouche des chefs d’entreprise interrogés. "Cette friche passe au cœur de nos villages, il faut en profiter !" tonne l’un d’eux en désignant la plateforme. Au lieu du train qui siffle sans s’arrêter, le cycliste pourrait boire un verre à Accous, déjeuner à Etsaut, visiter le Portalet via la passerelle toute neuve, acheter une tomme de chèvre à Borce, faire trempette dans le gave à Urdos, puis rejoindre le Somport par une navette dédiée. Soit 35 km d’itinéraire sécurisé.

Voie verte pour tous

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La friche ferroviaire à Etsaut, Vallée d’Aspe.Autre argument : la voie verte serait un axe multiservice. À l’Auberge de l’Ours, Samuel Blanco songe aux randonneurs du GR 653 Chemin de Compostelle Voie d’Arles : "Certains tronçons sont devenus périlleux, la voie verte serait un itinéraire bis pour ceux que la pente rebute". Des bergers lui auraient dit leur choix d’une voie verte pour guider les troupeaux en juin et en septembre, à l’écart de la circulation routière. Idem au centre équestre de l’Estanguet. À Accous, Claire Lagandogne y verrait bien circuler des publics handicapés : en fauteuil roulant, à pied ou à vélo, selon les cas. Dans le même village, Élodie, commerçante, pense que la voie verte permettrait aux habitants de Cette-Eygun, Borce, Etsaut, Urdos de descendre faire leurs courses, en vélo électrique ou en triporteur.

"Au fond nous avons besoin d’un itinéraire en pente douce car nous ne sommes pas tous des sportifs, résume Jil, commerçant en haute Vallée d’Aspe. La voie verte amènerait une clientèle plus large que les purs montagnards. Les familles, les personnes âgées en ont besoin pour bouger en vacances. Un tel équipement manque cruellement à la Vallée".

Anna Poudens et Damien Le Droguene, l’une propriétaire de chambres d’hôte à Etsaut, l’autre d’une pizzeria mobile, résument une opinion collective : "Nous avons besoin d’un levier pour du tourisme à taille humaine en Vallée d’Aspe".

Espace vert pour les urbains

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La friche ferroviaire à Borce, Pyrénées béarnaises.Certains sortent d’ailleurs leur calculette : même en réparant ici un pont, là une plateforme, une voie verte coûterait cent fois moins cher qu’une voie ferrée. "Or ni l’État ni l’Union européenne ne veulent participer au tour de table ferroviaire, explique un chef d’entreprise bien informé. Qui peut croire qu'à elle seule la Région peut rassembler 1 milliard d’euros, le tout pour une voie ferrée déficitaire ? En France, des voies vertes bâties sur des rails déclassés ont fait leurs preuves. Commerces, campings, chambres d’hôte : tout le monde en profite".

Alors pourquoi l’idée est-elle taboue à Bordeaux, Pau, Oloron ? À Accous comme à Urdos transpire l’amertume à l’égard des élus locaux. "Ni le président de la Région, ni celui de la Communauté de communes, ni le député, ni même le Département n’écoutent les Aspois, regrettent cinq d’entre eux. Vu de la ville nous sommes juste un parc public, un espace vert qui se franchit avec deux autoroutes. On l’attend encore, l’élue ou l’élu qui voudra bien nous écouter".

Legs aux descendants

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La friche ferroviaire à Borce, le Baralet.Et si, faute d’écoute puis de pragmatisme, une friche restait dans son jus, tel le témoignage d’un moyen de transport aujourd’hui révolu ? Faisons les comptes : sur 20 responsables d’entreprise, 16 votent pour une voie verte. Et si c'est non, "plutôt qu'un caprice à 1 milliard d’euros, le plus sage est de confier la friche à nos descendants, lesquels auront la crise du climat sur le dos".

Alors peut-être que le futur président de la Région Nouvelle Aquitaine enfourchera son vélo.

(1) Sur Pau-Canfranc SNCF-Réseau prévoit 20 trains de fret par jour, mais aussi 6 TER Pau Canfranc et 2 trains internationaux Pau Saragosse, le tout dans les deux sens de circulation. SNCF-Réseau prévoit en outre 8 TER Pau Oloron-Sainte-Marie et 12 TER Pau Bedous par jour, là aussi dans les deux sens de circulation.

20 interviews en coulisses :

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La friche ferroviaire à Urdos, Haut-Béarn. Les vingt interviews ont été réalisées en mai et juin 2025 à Accous, Cette-Eygun, Etsaut, Borce et Urdos, sur le tracé de la friche ferroviaire, en privilégiant les établissements situés à moins de 500 mètres de la voie ferrée.

La commune de Lescun est desservie par la voie ferrée, mais à l’écart du village, près de la route nationale, aux abords de l’entreprise Toyal Europe, laquelle ne s’est pas positionnée à ce jour en faveur du train. C’est pourquoi nous avons fait le choix de ne pas intégrer les commerces et services situés à Lescun dans notre panel.

La friche ferroviaire à Urdos, Vallée d’Aspe. Adeline, commerçante à Accous, raconte cette anecdote : parmi ses clients, il y a des Aspois de cœur : celles et ceux qui se sont acheté une résidence secondaire. Certains arrivent en train, puis des proches les récupèrent à la gare, cap sur Accous et ses ruelles tortueuses. Mais comme les TER Pau Bedous sont supprimés, les trains en retard, les correspondances manquées ou inexistantes à Pau, il est fréquent que les proches se rendent à Oloron voire à Pau pour récupérer les naufragés du rail.

Sur les 20 cheffes et chefs d’entreprise interrogés, 1 se prononce pour la voie ferrée, 2 ont un avis mitigé, 16 penchent pour une voie verte. La dernière veut à la fois la voie ferrée, la voie verte et le vélo-rail car elle "aime le beurre, l’argent du beurre et la crémière" précise-t-elle avec le sourire, façon pour elle de traduire son dilemme.

La friche ferroviaire à Urdos, Vallée d’Aspe. Au-delà des Forges d’Abel, les partisans d’une voie verte ont deux options. Option 1 : rejoindre Canfranc par le tunnel ferroviaire du Somport, soit environ 20 minutes de trajet. Le tunnel ferait l'objet d'une mise en lumière sur le thème de l’astronomie et de la physique, en hommage au laboratoire de recherche scientifique qui y a élu domicile depuis sa fermeture au trafic ferroviaire. Option 2 : rejoindre la station du Somport par un itinéraire VTT à aménager, ou à défaut par une navette routière.

La direction de la station du Somport n’a pu être interrogée, étant soumise à un devoir de réserve : le propriétaire est la Communauté de communes du Haut-Béarn (CCHB). Son président, Bernard Uthurry, est un partisan de la voie ferrée.

Tunnel hélicoïdal à Urdos. Peur dans les tunnels à vélo ? Sur les voies vertes qui épousent d’anciennes voies ferrées, les tunnels s’éclairent tout seuls au passage des piétons et cyclistes. Parfois la mise en lumière est savante voire scénarisée, avec des leds économiques à l'usage.

Les partisans de la voie verte pensent qu’une telle infrastructure sauverait la ligne TER Pau Bedous grâce au cyclotourisme : vélos embarqués dans le train. À Bedous les cyclistes prolongeraient leur voyage à vélo, vers Accous, Cette-Eygun, Etsaut, Borce et Urdos. À ce jour, Il y a 5 voyageurs en moyenne dans le train entre Oloron et Bedous.

Pau Canfranc : Bruxelles a la parole

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La friche ferroviaire à Urdos, Pyrénées Atlantiques.En mars 2025 Borja Giménez, député européen en Aragón, écrit à la Commission européenne pour demander une subvention à la voie ferrée de Bedous à Canfranc. Dans son édition du 4 juin 2025, le Heraldo de Aragón détaille la réponse que lui a adressée Apostolos Tzitzikostas, le commissaire européen aux transports.

En résumé, la Commission européenne donne la priorité à la modernisation des infrastructures ferroviaires situées au Pays basque et dans les Pyrénées orientales, là où l’Espagne avance plus vite que la France avec deux LGV fret/voyageurs aux standards européens.

Quant à la ligne Pau Canfranc, elle reste d’actualité, mais dans un second temps, d’autant que les crédits européens sont épuisés. D’où une date hypothétique pour la réouverture : 2050. Et un bémol : il y aura peut-être un autre tracé. Car d’ici là, un tunnel de même gabarit que celui qui progresse sous les Alpes sera peut-être la solution.

Mais le commissaire aux transports étant un diplomate, il a recours à des figures de style qui portent la marque de l’UE : « La réouverture de la ligne de Canfranc est proche, mais des obstacles subsistent et nécessitent un effort supplémentaire de notre part. La coopération française est limitée, ce qui nous oblige à impliquer l’UE dans la promotion de ce projet (…). La ligne Saragosse-Canfranc-Pau est un projet qui, de ce point de vue et compte tenu du rapport coûts-avantages, doit être une priorité ».

Bref, et une fois que la dentelle est retirée, le Grec Apostolos Tzitzikostas renvoie la ligne Pau Canfranc… aux calendes grecques.

La friche ferroviaire au sud d’Urdos, Vallée d’Aspe.

* Photographies de la friche ferroviaire Bedous Canfranc prises entre 2019 et 2025. Sur cette page, la friche est présentée dans le sens nord > sud.

* Article publié le 16 juin 2025, mis à jour le 17 juin 2025. Texte, photographies : Erik Brissot. Tous droits réservés.

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