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Le roman de la main


Pourquoi nos mains sont-elles toujours en action ? Que cherchent-elles ? Que racontent-elles ? L'auteur Darian Leader suit nos mains à la trace.

Jeu de main, jeu de malin

Attraper, cogner, frôler, gratter, frotter, pianoter, lâcher… Les mains s’activent, parfois à notre insu. Un philosophe et psychanalyste épie les mains pour en deviner leur message. De la prière au téléphone mobile, petite histoire de nos mains, tantôt malines, tantôt coquines.

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Photographie prise au château de Pau.

Un homme entre dans un restaurant pour y rejoindre sa fiancée. Tandis qu’il traverse la salle, il se touche le menton, ou bien l’oreille, ou bien le cou. Ce drôle de petit geste, tous les êtres humains le pratiquent à leur insu. On y a recours quand on se sait observé. Un réflexe discret d’autostimulation fournit un ancrage corporel. Il donne de la force à un jeune homme pour marcher vers son amie avec dignité.

« Mains : ce que nous faisons d’elles, et pourquoi ». Dans son livre, le philosophe et psychanalyste Darian Leader explique que le fait de garder ses mains occupées constitue une part essentielle de l’activité humaine. Une question le taraude et nous taraude : quelle nécessité y a-t-il derrière cette activité incessante ? Quel risque y aurait-il donc à avoir les mains libres ?

Le corps se dépense

. . Musée des beaux-arts de Pau. Détail de la peinture de Jan Lievens : L’homme au stylet.
Chacune ou chacun est confronté à la situation de devoir écouter un professeur, un collègue, un ami ou un époux, avec plus ou moins d’intérêt. Que font les mains ? Elles dessinent. Elles pianotent. Elles gratouillent. En tout cas, elles font quelque chose. Avec un smartphone, nous avons trouvé l’outil pour nous adonner à notre activité favorite. Mieux que n’importe quelle gymnastique, un écran nous permet de cliquer, dérouler, naviguer partout, n’importe quand. Darian Leader l'interprète comme un « besoin de dépenser cet excès du corps qui nous écrase ».

À l’inverse, quel patient n’est pas reparti frustré de son rendez-vous chez le médecin, bien que muni d’une ordonnance ? En dix minutes de consultation, le docteur a pianoté sur l’écran de son ordinateur. Pas une seconde il n’a touché son visiteur.

Mais alors, comment les femmes et les hommes faisaient-ils avant l’invention de l’écran tactile ?

Faire une prière, prendre des gants

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Musée des beaux-arts de Pau. Agrandi en 2019, il se situe dans le même bâtiment que l’Ecole supérieure d’art des Pyrénées.
L’église se révèle le meilleur endroit pour démarrer l’enquête : on y trouve les corps et les règles qui leur étaient imposées. Au Moyen-Âge, la prière est une activité physique. Elle occupe les mains, les bras, les yeux, la voix. Le croyant ouvre les mains au ciel vers Dieu. Il les joint devant ses yeux. Il gémit. Il soupire. Hors de l’église, les mains grattent, tripatouillent, tiraillent, avec un sens de l’hygiène tout relatif. Au XVe siècle, le fidèle s’agenouille, les mains jointes bien parallèles. En imposant une gestuelle balisée, l’église tente d’éloigner les mains du corps.

Puis arrivent les éventails, les gants, les pendentifs. Les mains cessent d’implorer ou de montrer du doigt. Elles tiennent des objets. La couleur d’une paire de gants, sa matière, sa coupe, sa longueur, mais aussi la manière de les porter et de les retirer donnent des informations sur son propriétaire, son rang, son éducation. Les éventails pliants deviennent à la mode au XVIIe siècle avec des motifs, des visages, des cartes géographiques, des scènes politiques et religieuses, parfois peints à la main et sur les deux faces.

Laisser tomber à terre son éventail ou son gant, quand s’approche un soupirant, devient un art de vivre.

Les hommes au tricot

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Musée des beaux-arts de Pau. Détail de la peinture de Jean Benner : Une maison à Capri.
En 1918, un collège fait l’expérience de faire tricoter les étudiants pendant les cours. Miracle ! Les garçons, habitués à tapoter avec leur crayon ou à lancer des morceaux de pâte à modeler, s’assagissent pendant qu’un élève récite au tableau. « Quiconque lit des récits de pratique du tricot ne peut qu’être frappé de la voir associée à d’autres activités : tricoter et discuter, tricoter et regarder, tricoter et écouter », écrit l’auteur.

Les hommes, eux, touchent encore et toujours leur corps grâce à leur barbe et leur moustache. Puis arrive la tabatière, rangée dans un repli du gilet ou du manteau. Allumer sa pipe devient prétexte à une mise en scène. Quand la cigarette prend le relais, une activité jusqu’ici réservée aux hommes s'ouvre aux deux sexes. Fumer fournit aux mains une occupation en toutes circonstances, privées et publiques. La cigarette scande le temps. Elle participe aux échanges sociaux. Elle donne une contenance. Elle apaise. « Notre monde a beau être terrible, injuste et imprévisible, j’ai ce qu’il me faut avec moi, là, dans la main », écrit Darian Leader.

L’auteur se souvient d’un homme qui, dans son cabinet, décrit une situation embarrassante : « Il fumait quand la femme avec qui il était assis se penche vers lui pour l’embrasser. À mesure que le baiser se fait plus passionné, il n’arrive pas à se résoudre à éteindre sa cigarette. Il ressent une hésitation immorale entre le désir de continuer à tirer sur sa cigarette et le désir de faire durer la rencontre de leurs lèvres. On comprend que ce désir double l’ait troublé. Mais ce genre de situation n’est-il pas aujourd’hui très répandu ? Le choix n’étant plus entre la personne et notre cigarette, mais entre la personne et notre téléphone mobile ? » Téléphone qui s’interpose entre les autres et soi.

Présent ? Absent ?

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Musée des beaux-arts de Pau. Détail de la peinture de Simone Cantarini : Agar et l’ange.
Arrivé au XXIe siècle, Darian Leader se demande si, avec ses mains, « l’un des objectifs majeurs de l’homme n’est pas de s’abstraire des situations de proximité forcée avec ses frères humains ». Autrement dit, homo sapiens s’efforce d’être ici et ailleurs. Ses mains réalisent un tour de passe-passe. Une maman ou un papa pianote sur ton téléphone tandis que son enfant joue dans un jardin public ? L’adulte est présent et absent à la fois.

Grâce à ses mains, chaque individu se place à proximité et à distance des autres. De la peluche au téléphone, il invente des outils pour réaliser un voyage imaginaire.

Pourtant, la technologie ne fait que retarder le geste ultime de la main : revenir vers le corps. Quelque part sur le crâne ou dans l’oreille, une démangeaison s’éveille. Besoin de se gratter, se pincer, se frictionner. La main dessine un arc dans l’espace, puis revient à son point de départ : le corps.

Toucher le corps

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Musée des beaux-arts de Pau. Détail de la peinture de Armand Félix Heullant : L’Abandon.
« Ah, un livre sur la masturbation ! » réagissent des amis de l’auteur, quand celui-ci évoque la rédaction de son livre en 2015. Nous voici à l’université. Le philosophe Bruno Bettelheim fait cours devant un amphithéâtre bondé. Remarquant une étudiante en train de tricoter, il explique à la classe que son activité manuelle est un substitut de la masturbation. À quoi l’étudiante répond du tac au tac : « Docteur Bettelheim, quand je tricote, je tricote ; et quand je me masturbe, je me masturbe. »

Pour Darian Leader, la masturbation a une utilité qui va au-delà du plaisir. Elle apaise une angoisse. Elle a des vertus antidouleur. Elle aide les femmes et les hommes à échapper à une dépendance ; à commencer par celle envers leur mère. « Masturbation et autonomie sont à corréler, plutôt qu’à opposer, écrit l’auteur. L’enfant jouit, plutôt que d’être objet de jouissance. Il trouve là une alternative à la position d’objet du plaisir parental. »

Une main pour s'endormir

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Musée des beaux-arts de Pau. Détail de la peinture de Giovanni Francisco Cipper : Chanteur au luth.
Infatigables, nos mains guident notre existence. C'est pourquoi les objets de nouvelle technologie, par exemple les lunettes connectées qui mettent les mains à l’écart, sont vouées à l’échec, pense le philosophe et psychanalyste. Pianoter, cliquer, naviguer forment une gamme gestuelle qui met de la chair dans le réel. « À chaque instant, nous avons besoin de vérifier que nos mains sont là. »

Le soir venu, avant d’éteindre la lampe de chevet, chacun adopte la position adéquate pour laisser venir le sommeil. Tiens ! Une main. D’une manière ou d’une autre, notre main droite ou notre main gauche se glisse contre le corps. Pour partir au pays des rêves, il faut aussi une main.

Mains : ce que nous faisons d’elles, et pourquoi, par Darian Leader, éditions Albin Michel. Traduit de l’anglais par François Cusset.

Musée des beaux-arts de Pau. Détail de la peinture de Léon Benouville : Esther à l’odalisque.

Dans son livre, l’auteur étudie les nombreuses utilités de la main : parler avec ses mains ; manger avec ses mains ; grandir avec ses mains, d’agripper à lâcher.

Un éventail d'expressions révèle la place de la main dans le langage : avoir bien en main, avoir la main heureuse, coup de main, de main de maître, en de bonnes mains, faire main basse sur, haut la main, kit mains libres, la main sur la conscience, la main de dieu, la main sur le cœur, le revers de la main, main de justice, manger dans la main de, mettre le marché en main à, montre en main, offrir sa main à, politique de la main tendue, prendre la main dans le sac, prêter main forte à, tenir la main haute à, tomber sous les mains de.

Nos mains touchent notre visage entre 15 et 23 fois par heure, le plus souvent de façon machinale. Source : Colleen Kraft de l'université de médecine Emory (Atlanta, États-Unis), dans Le Nouvel Observateur le 27 février 2020. En vidéo, la journaliste Joséfa Lopez du journal Le Monde donne le mode d'emploi pour bien se laver les mains.

Les photographies qui jalonnent l'article ont été prises au Château de Pau (photo 1) et au Musée des beaux-arts de Pau (photos 2 à 9).

Le Centre de bien-être Le Corps S'éveille suggère de choisir son prochain livre en librairie indépendante Librairie L'escapade à Oloron Sainte-Marie, 16 rue de la Cathédrale, Tél. 05 59 39 40 30 Librairie Tonnet à Pau, 3 bis place Marguerite Laborde, Tél. 05 59 02 62 48.

Musée des beaux-arts de Pau. Détail de la peinture de Gundmundur Gundmunsson dit Erró :  The diamond ring.

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