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Les chemins de l'érotisme


Sur France Culture, l’émission Les chemins de la philosophie explore l’érotisme. Invité : André Comte-Sponville.

Philosopher sur l’érotisme

En mai 2017, l’émission Les chemins de la philosophie sur France Culture a consacré un cycle d’émissions à l’érotisme. Le philosophe André Comte-Sponville, auteur de Le sexe ni la mort, répond aux questions d’Adèle Van Reeth. Extraits de l’entretien.

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Quand on parle d’érotisme, porte-t-on atteinte à la pudeur ?

. . Photographie : Eyes wide Shut de Stanley Kubrick. Crédit : D.R. France-Culture. « Oui, cela fait partie du charme de la chose ! La pudeur a ceci d’étrange que c’est une forme de honte, mais qui porte sur quelque-chose qui n’a rien de honteux.

« Imaginez qu’on nous oblige à marcher nus dans les couloirs de Radio-France : nous aurions été honteux. Mais grand dieu : honteux de quoi ? Eh oui, j’ai un corps ! Eh oui, mon corps a un sexe. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a rien là de honteux. Et pourtant, nous en avons honte.

« Je crois que l’érotisme, c’est entre autres la capacité de jouir de cette honte.

« Cela confirme que la sexualité, ce n’est pas quelque-chose de tout-à-fait normal. »

« Il me semble qu’au fil des siècles on est passé d’une erreur à une autre dans la sexualité. La première erreur dans nos pays a duré vingt siècles : c’est la diabolisation. On a voulu nous faire croire que le sexe, c’était mal, c’était le diable. C’est une erreur dont il est heureux que nous soyons sortis ! Sauf que ce fut pour tomber dans une autre erreur. Dans les années 1960-1970, on est passé de la diabolisation à la banalisation. Comme si faire l’amour était un comportement innocent et normal, comme croquer une pomme oui boire un verre d’eau. Eh bien, je n’en crois rien !

« Pénétrer le corps de l’autre ou se laisser pénétrer, ce n’est pas tout-à-fait normal. D’ailleurs, c’est quelque-chose que nous ne ferions jamais devant nos enfants. Ni même devant nos amis proches. C’est étonnant : c’est la chose la plus normale du monde, dont nos enfants sont issus. Et pourtant, c’est typiquement la chose que nous ne ferons jamais en public.

« Il y a quelque-chose de transgressif, et cela en rehausse le plaisir. C’est ce que le philosophe Bataille appelle : "Ce délicieux goût de péché". On a beau être athée, libéré, considérer que la sexualité c’est bien, c’est normal… il persiste pourtant ce délicieux goût de péché. La sexualité la plus banale reste transgressive.

« Même les peuples qui vivent nus se cachent pour faire l’amour. Ce que les grands singes semble-t-il ne font pratiquement jamais. Or, si on se cache, cela signifie qu’on a honte. Alors qu’il n’y a rien de honteux à faire l’amour ! De ce paradoxe naît la pudeur qui souligne la singularité de la sexualité. »

Avons-nous honte du corps, ou honte de l’expression corporelle de notre désir ?

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« C’est la honte du corps sexué, sujet et objet d’un désir qui est plus fort que nous.

« Manger, boire sont des fonctions corporelles. La différence, c’est que lorsque vous mangez avec des amis, vous parlez philosophie, politique, littérature. Lorsque vous faites l’amour, je vous déconseille de parler philosophie, politique, littérature… Manger est une fonction animale. Mais la bête ne prend pas le dessus. Nous mangeons proprement. Lorsque l’on fait l’amour, c’est aussi une fonction animale. Sauf que là, la bête prend le dessus. Nous ne sommes plus en état de parler philosophie ou littérature. Il y a quelque-chose en nous qui est plus fort que nous.

« C’est ce qui rend la sexualité si prégnante et si délicieuse. »

Pourtant, on ne peut pas réduire l’activité sexuelle à une activité corporelle. Le plaisir corporel que l’on éprouve en faisant l’amour ne serait rien sans la conscience que nous en avons. Notre intelligence et notre animalité sont liés. C’est ce qui distingue la sexualité de l’érotisme.

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« Oui ! C’est parce que nous avons un esprit que nous pouvons avoir un rapport délicat avec le corps. C’est parce que nous ne sommes pas des bêtes que nous pouvons jouir de la bestialité. Nous sommes des animaux, mais pas des bêtes. La différence entre l’homme et la bête, c’est que l’homme est un animal doué d’esprit, de conscience, de raison. Se comporter comme une bête, laisser la bête prendre le dessus en nous, est une transgression vis-à-vis de notre humanité. Nous sommes des animaux. Nous ne sommes pas des bêtes. Seul un être humain peut jouir de sa bestialité. D’ailleurs, le mot bestialité ne peut s’appliquer qu’à un être humain.

« C’est pourquoi l’érotisme, qui est une façon de jouir de sa bestialité et de celle de l’autre, est un humanisme. Seul l’être humain, parce qu’il n’est pas une bête, peut faire de la bestialité un objet érotique. On ne peut pas faire l’amour sagement, et c’est ce qui rend l’acte troublant. L’érotisme, c’est une façon de jouir de ce trouble. »

Encore faut-il savoir jouir de son corps et de son âme, et de ce rapport que l’on peut entretenir avec le corps d’un autre.

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« Ce qui fait la différence entre sexualité et érotisme, c’est que la sexualité se réduit à «décharger ses vases», comme écrit Montaigne, c’est-à-dire à apaiser une pulsion le plus vite possible. Cette sexualité-là passe complètement à côté de l’érotisme. Au lieu d’aller à la détente le plus vite possible - auquel cas la masturbation suffirait -, l’érotisme consiste à jouir de cette tension délicieuse que les deux partenaires cherchent à entretenir.

« Là où "tirer un coup", c’est aller au plaisir par le plus court chemin, l’érotisme invente des détours, à faire durer le plaisir. C’est pourquoi j’écris dans mon livre que l’érotisme, c’est moins un art de jouir qu’un art de désirer. Il s’agit de différer le plaisir. C’est ce que Freud n’a pas du tout senti et que Montaigne a si délicieusement décrit. »

Il y a quelque-chose d’érotique à savoir parler de l’acte sexuel lui-même sans tout dévoiler. L’érotisme joue avec le fait que l’on ne voit pas tout, que l’on ne raconte pas tout. N’est-ce pas la différence avec la pornographie ?

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« Il faut distinguer l’érotisme vécu (celle que chacun vit) de l’érotisme représenté (par les mots et par l’image).

« Si l’on parle de l’érotisme représenté à l’écran, la différence entre l’érotisme et la pornographie devient une «tarte à la crème». La pornographie dit la chose le plus directement et crument possible. Alors que l’image et la littérature érotiques vont inventer des métaphores, des cadrages moins explicites, avec une esthétisation de la sexualité.

« Cette distinction me laisse réticent. Pour tout vous dire, à la limite je préfère la pornographie dès qu’il s’agit de filmer le sexe ou d’écrire sur le sexe. Inventer des métaphores, mettre des voiles vaporeux pour représenter un acte sexuel : il y a souvent une mièvrerie dans les œuvres érotiques. Je me souviens d’un roman érotique dans ma jeunesse dans lequel l’auteure écrivait "l’arbre de vie" pour désigner le pénis. Je trouvais cela ridicule ! C’est quoi, cet arbre qui fait 15 cm ? C’est un bonsaï !

« En revanche, quand on fait l’amour, ce que j’appelle l’érotisme vécu, c’est autre-chose ! Imaginez que vous mettiez une caméra en plan fixe dans votre chambre. Ce qui en ressort, c’est un film pornographique, ce n’est pas un film érotique. Alors que vous, ce que vous vivez, c’est de l’érotisme. L’érotisme vécu est ce que vivent deux amants dans l’intimité de la chambre à coucher.

« Moi, ce qui m’intéresse, c’est l’érotisme vécu. Je ne suis pas sûr que le sexe soit un objet d’exploitation artistique. Pensez au cent chefs d’œuvre de l’art : aucun n’est érotique ou pornographique. On pense bien-sûr à l’Origine du monde, tableau de Courbet. Le tableau est d’une telle beauté que l’on se demande s’il est érotique.

« Tout acte sexuel n’est pas forcément érotique, ou pas également érotique. Le philosophe Bataille nous dit que l’érotisme commence lorsque nous faisons l’amour pour autre-chose que la reproduction. Cela ne veut pas dire que tous nos actes sexuels seront également érotiques. Bataille écrit ensuite : il y a érotisme lorsqu’il y a transgression. Cela veut dire que nous sommes des êtres doués d’esprit, de culture, de pudeur. Or, dans tout acte sexuel, il y a une transgression minimale qui consiste à se comporter comme une bête. Sauf qu’il y a des transgressions plus ou moins fortes. À ce compte-là, le sommet de l’érotisme serait dans ce cas dans la transgression maximale, c’est-à-dire dans le meurtre. Or, le meurtre, ce n’est pas vraiment ma tasse de thé érotique ! Il faut donc autre-chose.

« Ce que je crois, c’est que pour vivre un moment érotique, il convient de faire l’amour pour autre-chose que pour faire des enfants, puis de jouir de cette transgression, mais aussi et surtout de jouir du désir lui-même. Bien loin d’aller au plaisir par le plus court chemin, l’érotisme consiste à inventer des détours, à faire durer le désir plutôt qu’à le satisfaire immédiatement.

« L’érotisme est un art de désirer plutôt qu’un art de jouir. Je crois que nous avons là trois caractéristiques qui définissent l’érotisme vécu : faire l’amour pour autre-chose que pour faire des enfants ; jouir de ce qu’il y a de transgressif dans la sexualité ; jouir du désir lui-même. C’est sans doute ce que l’on peut vivre de mieux dans notre sexualité. »

L’érotisme a-t-il quelque chose d’immoral au regard de notre culture judéo-chrétienne ?

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« Oui, nous vivons notre sexualité comme immorale. Sauf que c’est très loin d’être réservé au monde judéo-chrétien. Michel Foucault montre dans son Histoire de la sexualité que les Grecs anciens étaient perplexes face à la sexualité. Certes, il n’y avait pas la diabolisation que j’évoquais tout-à-l’heure. Mais ils considéraient que le sexe ne pouvait pas être exhibé. La tension qui existe entre la morale et la sexualité n’est pas propre à une religion. Cela fait partie de l’humanité. Pourquoi ? Parce que la morale nous dit : tu dois toujours respecter l’autre, prendre acte de sa dignité, le traiter comme un but, jamais comme un moyen. Dans la sexualité, il s’agit d’autre-chose : non pas respecter la dignité de l’autre, mais plutôt la profaner. Non pas traiter l’autre comme une fin, mais comme un moyen. Ou s’offrir à l’autre comme un moyen de jouissance.

« Ainsi, il y a une tension entre la sexualité et la morale qui rend la sexualité encore plus délicieuse par ce goût de péché. Faire l’amour ne sera jamais un comportement tout-à-fait banal, normal et innocent. Et c’est très bien ainsi. Les bêtes qui font l’amour innocemment ne savent pas ce qu’elles perdent. »

Une des raisons de l’érotisme, ce serait donc l’inégalité ? Ce qui va contre l’égalité de droits pour laquelle nous nous battons ?

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« La seule chose qui peut permettre de vivre la sexualité, c’est la réciprocité. C’est le consentement de deux partenaires. Mais il y aura toujours une tension entre morale et sexualité, ce qui explique le trouble qu’éprouvent les amants. Il faut préserver ce trouble. Il ne s’agit pas de rendre la sexualité innocente ! La transgression suppose l’interdit. Qui plus est, elle maintient l’interdit. Si la transgression abolissait l’interdit, il n’y aurait plus de transgression. Donc jouer avec la transgression, ce n’est pas abolir l’interdit, c’est au contraire le maintenir pour jouir du fait de le transgresser. Là, on atteint quelque-chose qui est au cœur de l’érotisme vécu. »

Le philosophe Georges Bataille va très loin avec la transgression des interdits dans ses romans érotiques…

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« Bataille a raison d’associer l’érotisme à la transgression. Mais il a tort de donner à la transgression cette importance unique. Si nous pensons à nos nuits les plus érotiques, ce n’était pas forcément des nuits d’une audace folle en terme de transgression. C’était plutôt des nuits - ou encore mieux des jours car on y voit plus clair ! - où nous avons fait durer le plaisir, où il y a eu ce trouble exquis, où il y a eu le plaisir. Ce n’est pas forcément la quantité de transgression qui permet d’évaluer la quantité et la qualité de l’érotisme. »

Ce que vous dites dessine une autre approche de l’érotisme. Vous avez parlé tout-à-l’heure d’humanisme de l’érotisme. Y a-t-il aussi une part de mystique dans l’érotisme ?

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« Quand je lis des textes d’inspiration new-age ou orientalisante où faire l’amour devient une forme de sacrement pour réconcilier l’animal et l’animus, l’homme et la femme, la grande paix cosmique, je n’y crois pas trop. La sexualité, ce n’est pas le rapport à l’absolu. La sexualité, c’est le rapport à l’autre. Pour moi, la sexualité est reliée à la morale, pas à la religion. La sexualité, c’est moins jouir de sa part de divinité que jouir de sa part d’animalité. Je crois en un érotisme laïque qui m’éloigne de la dimension divine que certains mystiques y voient.

« Pour qu’il y ait érotisme, il faut qu’il y ait transgression. Pour qu’il y ait transgression, il faut qu’il y ait interdit. Pour qu’il y ait interdit, il faut qu’il y ait morale, culture. Dès lors que la morale, l’interdit, la culture sont le propre de l’être humain, seul un être humain est capable d’érotisme.

« L’homme est un animal érotique parce que faire l’amour comme une bête, ça n’est possible que pour un être qui n’est pas une bête. Les bêtes ne font pas l’amour comme des bêtes. Ce sont des bêtes. Jouir de cette transgression à se comporter comme une bête alors que nous n’en sommes pas une. Là, je pense que nous sommes au cœur de l’érotisme. »

Il y a tout-de-même une part de fantasmes et d’imagination dans l’érotisme ?

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« Oui, avec une précision importante : les désirs de l’un ne sont pas forcément les désirs de l’autre.

« On associe souvent la sexualité à la mort. Mais on peut associer aussi la sexualité au soleil. Dans mon livre, la sexualité prend la place du soleil parce qu’il me semble que le sexe, comme le soleil, nous chauffe, nous réchauffe, nous échauffe, nous éblouit. Il est à l’origine de toute vie et de toute énergie. »

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